Inauguration du Salon 2009: le discours de Claude Mesplède

Publié le par tps

C’est avec un grand plaisir et une certaine fierté que je vous accueille pour inaugurer ensemble ce premier salon des littératures policières.

Mes premiers remerciements s’adressent à nos invités venus d’Espagne. Ce sont tous des amis précieux, aux talents multiples, aux personnalités attachantes. Merci à Francisco Gonzalez Ledesma, el jefe de la banda. L’essentiel de son œuvre raconte sa ville natale dont il dit : « Barcelone est ma mère, mais aussi ma fille parce que je la vois changer chaque jour ». J’ai la chance de connaître depuis vingt ans ce romancier inestimable. Nous nous sommes rencontrés la première fois en 1989 à Castres. Francisco était venu de Barcelone en voiture, sous la pluie, accompagné d’un autre écrivain fameux, Andreu Martin. Ce soir-là, nous étions douze dans la salle, animateurs compris, à ma grande honte. Nous eûmes une autre rencontre à Saint-Nazaire en 1991. Les auteurs dont j’étais disputèrent une partie de football contre les locaux. Francisco regarda la première mi-temps en connaisseur puis il disparut et après le match nous le crûmes perdu et tout le monde, affolé, se mit à sa recherche. Une heure après, il fut retrouvé sain et sauf.

Merci à Alicia Gimenez Bartlett, créatrice des enquêteurs Petra Delicado et Firmin Garzon, un duo de personnages qui met en joie les lecteurs. Merci à Raul Argemi, l’Argentin de Barcelone, acteur et dramaturge, emprisonné pendant dix ans pour avoir combattu la dictature des colonels. Merci à Carlos Salem, l’Argentin de Madrid, qui chante si bien les rancheras mexicaines. Il est l’auteur d’Aller simple, un roman plein d’humour sélectionné pour le trophée 813. Merci à Juan Bas, talentueux scénariste de télévision, notamment coauteur de la série « Paginas ocultas de la historia » (pages cachées de l’histoire) à l’œuvre vaste et critique dont je salue son « Tratado sobre la resaca » (Traité sur la gueule de bois) qui devrait être en vente dans toutes les bonnes pharmacies. Merci à Fernando Martinez Lainez, vice-président de l’association internationale des écrivains de polar, primé plusieurs fois pour ses romans historiques. Merci à Alfonso Mateo-Sagasta qui a consacré douze ans de sa vie à l’anthropologie, s’est mis à écrire des romans historiques dont le plus brillant, Voleurs d’encre, revisite le Don Quichotte à partir d’une énigme littéraire de grande qualité. Merci à Lorenzo Silva, auteur d’une série captivante avec Ruben Bevilacqua et Virginia Chamorro, tous deux membres de la Guardia Civil. Leur seconde enquête a remporté le prix Nadal, équivalent du Goncourt. Merci à Jeronimo Tristante, citoyen de Murcia et créateur du détective madrilène Victor Ros qui élucide au siècle dernier le mystère de la maison Aranda. Merci à Daniel Vazquez Salles, auteur de trois ouvrages encore inédits en France, d’avoir accepté de témoigner sur son père Manuel Vazquez Montalban. Merci à Paco Camarasa, la mémoire du polar espagnol, d’être venu avec une partie de sa librairie Negra y criminal. Merci enfin à Jordi Canal, créateur et directeur de la Bobila de L’Hospitalet, sorte de bibliothèque nationale du polar pour avoir participé à ce premier cours sur le polar espagnol que nous avons donné hier matin en version bilingue. Une grande première qui a rassemblé en quelques semaines plus de 80 participants, principalement des bibliothécaires de Midi Pyrénées, mais aussi une classe de première avec leur professeur.

Sans passer tous les auteurs en revue, je souhaite parler brièvement de nos deux autres invités d’honneur. Merci à Didier Daeninckx, aujourd’hui mondialement connu. J’ai eu la chance de partager son amitié dès ses débuts. Je me rappelle notamment la censure qui frappa en 1986, La Fête des mères, un texte que Didier avait écrit pour la jeunesse et comment pendant le salon du livre de Paris, il interpella, avec vigueur et ironie, madame Panafieu, responsable de l’interdiction de son opus dans les bibliothèques de la capitale. Merci à François Guérif, seul étranger à avoir reçu de l’association des écrivains américains, le titre envié de « meilleur éditeur de l’année ». C’était en 1997. Huit ans plus tôt, nous assistions ensemble à New York à la remise de ces prix annuels. Pittoresque détail : les murs de la chambre d’hôtel que nous partagions avaient été tapissés avec les pages d’un ouvrage qui recensait les noms des 1500 victimes du naufrage du Titanic en 1912, et il trônait dans la salle de bain, une photo d’iceberg. Merci à Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série d’avoir abandonné quelques jours sa librairie du « Troisième œil » à Paris pour nous faire partager ses connaissances. Anecdote sur Stéphane, gros blagueur durant son temps libre : en juin 1989, au salon de Cattolica en Italie, il avait sorti la porte de ma chambre de ses gonds de façon à ce que, comme je rentrais à une heure avancée de la nuit, elle me tombe dessus à l’ouverture. Merci à Mako, auteur de la belle affiche de ce premier festival. Merci à Miles Hyman, absent cette année, de nous avoir offert gracieusement les logos qui représentent notre association et décorent nos tee-shirts.

Un grand merci à tous les autres invités à propos desquels je pourrai aligner les anecdotes si nous en avions le temps. Merci aux quelques 70 bénévoles qui ont donné de leur temps et de leurs capacités pour organiser l’accueil, l’hébergement, la restauration et tout un tas d’autres choses permettant la réussite de ce projet. Merci aux membres du conseil d’administration que je préside et qui ont cru avec moi à ce projet que nous avons, mois après mois, mené jusqu’au bout avec nos seules forces. Merci aux libraires de la Renaissance d’avoir mis leur technicité et leur enthousiasme au service de ce projet. Merci aussi à la librairie de la Renaissance pour avoir, comme une dizaine d’entre nous, mis la main à la poche afin de financer les premières dépenses.

Au delà de ces investissements humains et financiers, plusieurs organismes nous ont aidés. J’en dirai les noms en conclusion car il me semble indispensable auparavant d’évoquer les buts de ce salon que nous souhaitons pérenniser. Depuis qu’en 1981 nous avons créé l’association 813 pour défendre et mettre en valeur la littérature policière sous ses formes multiples, plus d’une quarantaine de salons du polar de toute taille ont vu le jour en France. Grâce à ces manifestations, à ces rencontres entre auteurs et lecteurs, nous avons fait reculer l’ignorance et les préjugés qui ne manquent pas de se manifester dès lors qu’il s’agit d’une forme d’expression de la culture populaire. Le pire tient au fait que ces détracteurs et ces censeurs n’ont généralement jamais lu les textes qu’ils condamnent. Pour reprendre une citation de Boris Vian « c’est drôle comme les gens qui se croient instruits, éprouvent le besoin de faire chier le monde ».

Pour ma part, depuis presque trente ans que je fais des conférences sur le sujet, j’ai entendu des quadragénaires avouer qu’ils lisaient des polars en cachette, culpabilisés par ces interdits comme s’il s’agissait d’une honteuse maladie. D’autres couvraient leur livre pour cacher le titre dans le métro. Aujourd’hui qu’un livre vendu sur cinq et bientôt sur quatre, n’en doutons pas, est un polar, on pourrait croire que ces préjugés ont disparu. Certes le lectorat s’est rajeuni et féminisé à outrance et ce public là n’a cure des interdits. Il s’en fout et lit ce qui lui plait. Mais il n’en reste pas moins qu’au sein de l’intelligentsia littéraire, les préjugés ont la peau dure. Combien de polars sélectionnés pour le prix France Inter ? Aucun. Combien d’émissions télévisuelles sur ce sujet ? Je n’en connais pas. Et l’on pourrait en rajouter avec la fameuse appellation universitaire qualifiant le polar de « paralittérature » qui chaque fois évoque pour moi la parapharmacie. Ajoutons pour être complet, cette façon de critiquer les polars avec une formule du genre « C’est bien plus qu’un polar » tandis qu’a contrario quelques esprits supérieurs vous demandent « Alors, quand est-ce vous nous écrivez un vrai roman ?  » tandis que d’autres ajoutent « Vous ne lisez que des polars ? ».

Ce qu’ignorent ces censeurs, c’est que la littérature policière a su évoluer au fil du temps, au rythme de la société et qu’elle représente non seulement une intrigue avec son mystère et ses secrets, mais aussi une façon d’interroger le monde, d’ausculter la société, de raconter sa ville, son pays et les diverses catégories sociales qui en font partie. C’est une façon de réfléchir, de s’interroger, de questionner les divers pouvoirs en place, de dévoiler les aspects cachés de la société, de montrer l’envers du décor, ce qui se cache derrière la façade, pour susciter le doute et la réflexion chez les lecteurs.

Ceux qui condamnent cette littérature que nous aimons devraient tenter de comprendre pourquoi elle rencontre tant de succès. J’ai relevé trois raisons. La première: le polar raconte toujours une histoire avec un début, un milieu et une fin. C’est fondamental quand on sait les dégâts littéraires causés par le joyeux groupe des stérilisateurs nombrilistes de la revue Tel Quel.      La seconde raison tient à l’écriture, au fait que l’écrivain possède une voix à l’instar du chanteur et cette qualité de voix, qui se reconnaît entre toutes, flatte l’œil ou l’oreille et surtout le cœur. La troisième raison reste sans doute la plus mystérieuse. Les « polardeux », comme nous nous appelons, forment une sorte d’invisible confrérie rassemblée autour de ce type de projet littéraire. Et ce qui vaut pour les auteurs vaut aussi pour les lecteurs qui éprouvent généralement (sauf rares exceptions) de la sympathie envers les autres lecteurs. Tous ces liens tissés par le partage du plaisir littéraire sous-tendent généralement des valeurs communes comme la solidarité, l’amitié et le partage. Lorsque l’un de nous gagne un prix, au lieu d’en être jaloux, nous partageons sincèrement sa joie.

Voilà le monde étrange qui est le nôtre, un monde qui aime la littérature, qui a le goût des mots et de la phrase bien faite, un monde qui aime les gens, qui écrit sur eux et pour eux. Un monde de convivialité où culture rime avec festive.

A présent, le moment est venu de remercier tous nos sponsors et en premier lieu la mairie de Toulouse, en l’occurrence son député-maire Pierre Cohen et ses adjoints, madame Nicole Belloubet et monsieur Barrès. Merci également à monsieur Martin Malvy, président de la région Midi-pyrénées, et à Monique Marconis, présidente de sa commission de la ville. Remerciements au conseil général de Haute Garonne et à son président Pierre Izard. Remerciements à la DRAC et à ses conseillers lecture.

Nos remerciements aux responsables de communication :

Philippe Blanquart pour la SNCF Midi-pyrénées

Vincent Dayot pour la Poste

Catherine Labroux pour Tisseo

Nos remerciements à

Cinespana

Domingo Garcia-Canedo de l’Instituto Cervantes

Marie-Noelle Audissac et Valérie Dumoulin  de la Médiathèque José Cabanis et les bibliothécaires de Midi-Pyrénées.

Les caves de Fronton

La EARL Gergacanacos fille et fils du domaine de Lagajan, à Eauzes, producteurs d’armagnac.

 


 

Publié dans Archives Salon 2009

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